Mélenchon et les Réseaux Sociaux : 6 bénéfices d’une stratégie en or

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Comment sait-on que l’on est entré dans un monde réellement digital ? Quand la campagne présidentielle se passe sur les réseaux sociaux ! Et à ce jeu, Jean Luc Mélenchon est le champion toute catégorie.

En dehors de tout jugement politique, décortiquons la stratégie réseaux sociaux de “JLM” et surtout pourquoi il s’y investi à ce point. Parce que bien entendu il le fait pour des bénéfices très calculés…

 

Chiffres Réseaux Sociaux : de quoi parlons nous

 

D’accord, Jean Luc Mélenchon a compris mieux et avant les autres l’intérêt des réseaux sociaux. D’accord, il est très présent. D’accord, sa stratégie de communication est basée en grande partie sur les réseaux sociaux. Mais concrètement, quelle est la différence ?

 

Comparons les réseaux sociaux de Mélenchon à 2 autres candidats, eux aussi actifs sur les réseaux : François Fillon et Emmanuel Macron. Et laissons parler les chiffres.

 

Facebook :

Mélenchon : 637 000 abonnés

Fillon : 280 000 abonnés

Macron : 176 000 abonnés (461 000 abonnés de moins que JLM : l’agglomération de Montpellier)

Tweeter :

Mélenchon : 968 000 abonnés

Fillon : 427 000 abonnés (plus de 2 fois moins)

Macron : 503 000 abonnés

YouTube :

Mélenchon : 215 600 abonnés (l’équivalent de la population de Rennes)

Fillon : 4 000 abonnés

Macron : 7 200 abonnés

 

Bénéfice N°1 : Créer ses propres média

 

Jean Luc Mélenchon, comme d’autres avant lui, a reproché aux médias traditionnels au mieux un déficit de couverture de son actualité, au pire un parti pris. JLM n’a jamais particulièrement accroché avec le milieu de la presse parisienne. Il l’a fait savoir à plusieurs reprises et avec sa gouaille habituelle. Pour un journaliste, interviewer Mélenchon revient littéralement à marcher sur des œufs : ça peut éclater n’importe quand.

 

Créer son propre média

 

 

Donc l’un des principaux intérêts des réseaux sociaux pour JLM : court-circuiter les média traditionnels ! D’après lui, les média ne lui donnent pas suffisamment la parole. Très bien ! Il créé donc ses propres média : réseaux sociaux comme Tweeter ou Facebook où il diffuse quotidiennement ses messages, une chaine YouTube où il diffuse ses auto-interviews toutes les semaines  et ses prises de parole. Ce sont là autant de salles de presse virtuellesil maitrise totalement son discours, son temps de parole, son sujet.

 

Bénéfices N°2 : Elargir son Audience

 

Au 27 Février, les sondages créditent JLM de 12 à 18% d’intentions de vote. Vous noterez que ce n’est plus une fourchette mais un râteau… La pertinence des sondages politiques mériterait un article dédié, mais ce n’est pas le sujet de ce blog. Malgré un niveau d’intentions de vote assez proche du candidat du Parti Socialiste, force est de constater que JLM n’a pas la même couverture média. Son seul recours est donc de diffuser le plus largement possible son message avec un minimum d’effort.

 

Et pour ça, les réseaux sociaux sont l’outil idéal : leur effet viral permet à une communication d’être relayée, partagée, “likée”, commentée par des milliers d’abonnés aux pages réseaux sociaux du candidat. Autant d’actions “sociales” qui vont propulser la communication initiale auprès du réseau propre de chacun des abonnés : l’effet viral des réseaux sociaux multiplie l’impact de la communication initiale de manière exponentielle.

 

elargir son audience

 

Donc non seulement la communication est diffusée de manière virale mais en plus les milliers de personnes recevant cette communication partagée ont elles aussi la possibilité de s’abonner à la page du candidat ! Double effet Kiss Cool, double bénéfice. Et voilà comment Mélenchon, arrive a un nombre d’abonnés largement supérieur  aux autres candidats : il a compris mieux que tous les autres l’intérêt réel des réseaux sociaux, à savoir l’effet viral.

 

Bénéfices N°3 : Casser les codes de la communication politique

 

Depuis les années Mitterrand (et même avant en fait) la communication politique s’articule autours d’outils classiques : meetings / interviews télé et débats / affichage / distribution de tracts.

 

affichage politique

 

On a vu ce que pensait Mélenchon de la presse télé. Parlons des autres outils.

 

Un meeting majeur peut réunir jusqu’à 10 000 personnes. Parfois plus mais ça reste exceptionnel.

Un meeting coûte cher à organiser et nécessite une équipe dédiée à son organisation (souvent une agence d’évènementiel d’ailleurs).

 

Les tracts et l’affichage ne sont pas particulièrement chers pour un parti ou un mouvement politique mais ils nécessitent de la main d’œuvre et surtout une organisation pour assurer la logistique de ces documents imprimés (expédition, livraison à bon port, réception, stockage puis distribution). Ce qui suppose une organisation hiérarchique, pyramidale et donc lourde à gérer.

 

Avec une stratégie basée sur les réseaux sociaux, Jean Luc Mélenchon casse les codes de la communication politique en utilisant les outils digitaux au mieux de leurs possibilités, en maximisant leur impact et avec un minimum d’effort. Rentabilité maximum, efforts minimum…

 

Les réseaux sociaux ne coûtent quasiment rien.

Les réseaux sociaux nécessitent une équipe réduite.

Les réseaux sociaux n’implique aucune logistique.

 

Et surtout… Les réseaux sociaux sont largement plus efficaces que les autres outils : quand un meeting réuni au maximum 10 000 personnes Mélenchon touche 216 000 abonnés YouTube !

 

Bénéfice N°4 : Toucher d’autres cibles, autrement inaccessibles

 

Chaque réseau social a son “audience privilégiée”. Par exemple Facebook est très présent parmi  les jeunes de 15 à 24 ans, mais aussi très utilisé par les 25 – 35 ans. Cette cible est difficile à toucher pour les politiques, mais Mélenchon a 637 000 abonnés Facebook…

 

D’ailleurs, aller toucher d’autres cibles que le public traditionnel des militants est au cœur de la stratégie sociale de Jean-Luc Mélenchon. Manuel Bompard, son directeur de campagne, disait d’ailleurs dans le Parisien “Cela permet de renouveler la manière de faire de la politique, de toucher un public que ça n’intéresse pas, moins sociologiquement biaisé, plus jeune que les gens qu’on croise à nos meetings“.

 

Les réseaux sociaux participent également à “l’accessibilité” de la parole politique : ils permettent d’adresser des publics qui de toutes façons ne se déplaceraient pas sur des meetings (parce que pas intéressé par ce type de rassemblement, pas libre, trop loin, contraignant, etc.).

 

Bénéfice N°5 : Créer une communauté très engagée

 

Des groupes de soutien (en lien avec le mouvement La France Insoumise) se forment spontanément, relayent les messages et sont très inventifs en termes de communication. Les réseaux sociaux deviennent du coup des plateformes d’échanges mais aussi de construction d’argumentaires visant à mieux défendre les opinions et thématiques de leur champion.

 

communauté engagée

 

Le virtuel des réseaux sociaux mènent donc à des choses très concrètes et à des actions réelles sur le terrain (actions de prise de parole organisées, rencontres avec le public,…).

 

Bénéfice N°6 : Diffuser un Contenu fort

 

L’équipe de Jean-Luc Mélenchon va plus loin en alimentant la communauté avec un contenu fort et dense : la présentation du chiffrage de son programme.

 

 

 

Très critiqué par la sphère politique et médiatique sur le coût de son programme, Jean Luc Mélenchon réplique par un contenu fort : un live de 5 heures sur YouTube où il est interrogé par des journalistes sur le chiffrage de son projet. En tout la vidéo a été vue plus de 268 000 fois , un record en la matière mais surtout un outil de communication durable : les vidéos YouTube sont consultables en permanence. Donc si l’effet d’une explication budgétaire “classique” en interview télé peut avoir un effet court terme, ici on est sur un outil qui produira ses fruits tout au long de la campagne.

 

Bien entendu, l’ensemble est boosté par des actions nationales et des “coups d’éclat”. Comme des recharges d’énergie, ces actions d’envergure organisées par l’équipe de campagne de Jean Luc Mélenchon donnent encore plus de matière à ces dizaines de milliers d’abonnés et relancent l’intérêt et la viralité de ses réseaux. Le double meeting par hologramme du 4 Février dernier en est un exemple parfait. Pour la première fois en France (la technique a déjà été utilisée en Inde), un candidat a réalisé un meeting holographique en étant lui-même a des centaines de kilomètres. Résultat ? 80 000 vues en live. Pas mal pour un meeting !

 

Une conclusion en demie teinte…

 

Aujourd’hui il est très difficile de mesurer l’impact réel des réseaux sociaux sur une élection.

Est-ce que cette stratégie sera payante en termes de bulletins dans l’urne ?

Est-ce que l’utilisation massive des réseaux sociaux pourra propulser Jean-Luc Mélenchon au 2ème tour de l’élection ?

Est-ce que les actions réseaux sociaux de JLM toucheront (et arriveront à convaincre) un public difficile à  atteindre par les politiques, souvent des indécis ou des abstentionnistes ?

Est-ce que d’autres actualités ponctuelles mais ultra médiatisées de la campagne (le PénélopeGate) n’auraient pas un impact bien plus fort que l’effet long terme des réseaux sociaux ?

 

Cependant il existe maintenant un précédent, une véritable étude de cas : Donald Trump, qui a lui-même utilisé les réseaux sociaux précisément avec les mêmes objectifs (voir l’article Comment Trump a gagné avec les Réseaux Sociaux). Et on a vu la surprise créé par son élection.

 

Source : Le Parisien, édition du 19 Février 2017.

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